Comment produire des boissons sans alcool artisanales ?
Le marché de la boisson connaît une mutation historique. Longtemps cantonnées aux sodas industriels hyper-sucrés ou aux jus de fruits basiques, les boissons sans alcool (ou soft drinks) acquièrent aujourd’hui leurs lettres de noblesse artisanales. Porté par la tendance mondiale du « NoLo » (No and Low Alcohol), le profil des consommateurs a changé : ils recherchent désormais de la complexité aromatique, de l’authenticité, du terroir et des produits sains, avec un faible taux de sucre.
Pour un brasseur en activité, un distillateur ou un porteur de projet en reconversion professionnelle, ce segment représente une opportunité de croissance exceptionnelle. Cependant, s’affranchir de l’alcool élimine également le principal conservateur naturel de vos productions. Fabriquer ces boissons à l’échelle commerciale exige donc une maîtrise technique et sanitaire rigoureuse.
Que vous souhaitiez concevoir des boissons vivantes issues de fermentations millénaires (comme le kombucha ou le kéfir) ou des boissons plates et gazeuses non fermentées (sodas complexes, infusions botaniques), ce guide technique complet vous livre les clés de fabrication pour réussir votre production artisanale.
le marché des boissons sans alcool : pourquoi se lancer dans l'artisanat ?
La révolution "NoLo" et les nouvelles attentes des consommateurs
Le mouvement de sobriété choisie n’est plus une simple mode passagère, c’est un changement sociétal structurel. Les consommateurs actuels (notamment les milléniaux et la génération Z) réduisent leur consommation d’alcool par souci de santé, de bien-être, ou tout simplement par choix de vie, sans pour autant vouloir renoncer à la convivialité de l’apéritif ou à l’expérience de dégustation.
Ce que le public réclame aujourd’hui, c’est de la complexité. Un client qui ne boit pas d’alcool dans un bar ou un restaurant ne veut plus se voir proposer un éternel cola industriel ou un simple sirop d’eau. Il recherche une boisson capable de rivaliser avec un vin ou une bière artisanale : une attaque en bouche franche, du corps, une belle acidité, parfois une pointe d’amertume ou d’épices, et une longueur en bouche persistante. C’est précisément là que l’artisan a une carte maîtresse à jouer en proposant des recettes premium, sourcées localement et travaillées avec précision.
De la microbrasserie au soft drink : diversifier sa gamme de boissons
Pour une microbrasserie déjà installée, l’intégration d’une gamme sans alcool présente des avantages économiques et logistiques évidents :
Vos cuves de fermentation, vos systèmes de régulation de température et vos lignes d’embouteillage ou d’enfutage (notamment les installations isobares) peuvent être rentabilisés sur de nouveaux cycles de production souvent plus courts que ceux de la bière.
Vous touchez les conducteurs samouraïs, les femmes enceintes, les sportifs, ou tout simplement les professionnels lors des déjeuners d’affaires en semaine.
Proposer un soda de terroir ou un kombucha maison démontre l’agilité technique de votre laboratoire et votre ancrage dans les tendances de consommation actuelles.
Cependant, passer de l’univers de la brasserie traditionnelle (où l’alcool et le houblon protègent naturellement le produit contre la plupart des contaminations) à celui du sans alcool demande de repenser entièrement la sécurité microbiologique de votre usine. Voyons en détail les deux grandes familles de produits que vous pouvez développer.
La production de boissons sans alcool fermentées
Les boissons fermentées non alcoolisées exploitent l’action de micro-organismes (bactéries et levures) pour transformer un milieu sucré. Contrairement à la fermentation alcoolique classique de la bière, ces fermentations sont généralement dites « mixtes » ou « symbiotiques », produisant principalement de l’acide lactique, de l’acide acétique et du dioxyde de carbone, tout en limitant la production d’éthanol.
Le Kombucha : gestion de la culture (SCOBY), acidification et aromatisation
Le kombucha est une boisson ancestrale originaire d’Asie, obtenue par la fermentation d’un thé sucré (généralement du thé noir ou du thé vert) à l’aide d’une culture symbiotique de bactéries et de levures, connue sous le nom de SCOBY (Symbiotic Culture of Bacteria and Yeast) ou « mère de kombucha ».
Les levures présentes dans le SCOBY découpent le saccharose (sucre) en glucose et fructose, puis le transforment en éthanol et en $CO_2$. Simultanément, les bactéries acétiques (notamment Komagataeibacter) absorbent cet éthanol pour le convertir en acides organiques (acide acétique, acide gluconique). C’est ce cycle d’auto-nettoyage qui donne au kombucha son profil aigre-doux si caractéristique.
Elle s’effectue en milieu aérobie (la cuve doit être ouverte, protégée par un tissu respirant) car les bactéries acétiques ont impérativement besoin d’oxygène pour travailler. La température doit être maintenue entre 22°C et 26°C. Une température trop basse ralentira le processus, tandis qu’une température trop haute favorisera excessivement les levures au détriment des bactéries, augmentant ainsi le taux d’alcool.
Une fois le profil de pH cible atteint (généralement entre 2,8 et 3,5), le liquide est filtré pour retirer le SCOBY. C’est le moment d’ajouter des jus de fruits frais, des purées, des infusions de plantes (hibiscus, gingembre, houblon) ou des épices. Pour obtenir une pétillance naturelle, le kombucha aromatisé est transféré dans des cuves ou des bouteilles hermétiques (milieu anaérobie) pendant 24 à 48 heures. Les levures résiduelles consomment le sucre des fruits et génèrent le gaz.
Le Kéfir de fruits : le rôle des grains et les cycles de fermentation courte
Le kéfir de fruits (ou eau de kéfir) est une boisson pétillante, légère et rafraîchissante, issue de la fermentation d’une eau sucrée en présence de rondelles d’agrumes (souvent du citron), de fruits secs (généralement des figues) et de grains de kéfir.
Contrairement au SCOBY du kombucha qui se présente sous forme de membrane gélatineuse en surface, les grains de kéfir ressemblent à de petits cristaux translucides agglomérés en fond de cuve. Ils sont composés d’une matrice de polysaccharides (le kéfiran) abritant une symbiose complexe de bactéries lactiques (comme Lactobacillus hilgardii), de bactéries acétiques et de levures (comme Saccharomyces cerevisiae).
La figue sèche n’est pas là uniquement pour le goût. Elle apporte les nutriments essentiels (azote, minéraux) nécessaires à la survie et à la multiplication des grains de kéfir, tout en servant d’indicateur visuel : lorsqu’elle remonte à la surface, portée par les bulles de gaz, c’est le signe que la fermentation est active.
Le kéfir de fruits se distingue par sa rapidité. La première fermentation (F1) en bocal ou cuve fermée mais non hermétique dure généralement entre 24 et 48 heures à une température idéale de 20°C à 24°C. Le profil obtenu est beaucoup moins acétique que le kombucha, privilégiant une acidité lactique plus douce et subtile. Les grains sont ensuite récoltés par tamisage pour le lot suivant, et le liquide peut subir une fermentation secondaire (F2) avec d’autres fruits ou plantes pour parfaire l’aromatisation et la prise de mousse.
La Ginger Beer et les fermentations spontanées à base de levures
Historiquement alcoolisée, la Ginger Beer moderne s’est réinventée en boisson « soft » à forte personnalité, misant sur le piquant du gingembre et une effervescence tranchante. Elle peut être produite de deux manières : par gazéification forcée (que nous verrons plus bas) ou par fermentation naturelle via un Ginger Bug (levain de gingembre).
Il s’agit d’une culture sauvage créée en nourrissant quotidiennement du gingembre frais râpé et du sucre avec de l’eau. En quelques jours, les levures sauvages et les bactéries naturellement présentes sur la peau du gingembre colonisent le milieu.
On prépare un « moût » en faisant bouillir de l’eau, du sucre, une quantité importante de jus de gingembre et du jus de citron. Après refroidissement complet sous la barre des 25°C (pour ne pas tuer les micro-organismes), on inocule ce sirop avec le Ginger Bug filtré.
La fermentation est extrêmement rapide (souvent moins de 24 heures). Les levures consomment une infime fraction du sucre pour saturer le liquide en dioxyde de carbone. L’arrêt de la fermentation doit être géré de manière ultra-précise pour éviter que la boisson ne devienne trop alcoolisée ou que la pression ne mette les bouteilles en danger.
Le défi majeur des boissons fermentées : maîtriser le seuil des 0,5% d'alcool
C’est le point de vigilance absolu pour tout producteur professionnel. En France et en Europe, pour pouvoir apposer légalement la mention « sans alcool », le titre alcoométrique volumique (TAV) du produit fini ne doit pas excéder 0,5 % vol.
Dans une fermentation vivante, les levures produisent inévitablement de l’éthanol. Si vos paramètres dévient, vous risquez de basculer hors du cadre légal du sans alcool, ce qui pose de graves problèmes réglementaires et fiscaux (droits d’accises).
Quelles matières premières utiliser pour créer une boisson fermentée sans alcool ?
La qualité d’une boisson fermentée sans alcool dépend avant tout de la qualité des matières premières utilisées. Contrairement aux sodas industriels standardisés, les boissons craft misent sur des ingrédients vivants, aromatiques et capables d’apporter de la complexité organoleptique.
Le choix de la base fermentescible influence directement :
- l’acidité,
- la longueur en bouche,
- la pétillance,
- la stabilité microbiologique,
- le profil aromatique final.
Le thé reste l’une des matières premières les plus utilisées, notamment pour le kombucha. Le thé noir apporte généralement plus de structure et de tanins tandis que le thé vert favorise des profils plus végétaux et floraux. Certains producteurs utilisent également du rooibos pour obtenir une boisson sans théine aux notes plus rondes et gourmandes.
Le sucre joue un rôle central dans la fermentation. Il constitue le carburant des levures et bactéries responsables de la transformation aromatique et de la production naturelle de CO₂. Saccharose, sucre de canne, miel, sirop d’agave ou purées de fruits peuvent être utilisés selon le style recherché.
Les fruits permettent d’apporter :
- sucres fermentescibles,
- acidité,
- couleur,
- fraîcheur aromatique.
Les agrumes, fruits rouges, gingembre, pomme, poire ou fruits exotiques sont particulièrement populaires dans les boissons craft sans alcool.
Les plantes aromatiques et épices permettent ensuite de construire une identité gustative plus complexe :
- menthe,
- basilic,
- romarin,
- thym,
- coriandre,
- hibiscus,
- cannelle,
- cardamome,
- quinquina,
- gentiane,
- poivre,
- piment.
Certaines recettes intègrent également du houblon afin d’apporter une amertume plus moderne inspirée de l’univers brassicole craft beer.
Enfin, les cultures microbiologiques utilisées jouent un rôle fondamental :
- SCOBY pour le kombucha,
- grains de kéfir,
- levures sélectionnées,
- bactéries lactiques,
- bactéries acétiques.
La maîtrise de ces micro-organismes permet de contrôler le développement aromatique tout en maintenant
La production de boissons sans alcool non fermentées
Si les boissons fermentées misent sur la biologie, les boissons non fermentées (sodas, tonics, limonades, infusions) reposent sur l’art de l’extraction, de la formulation et de la synergie aromatique. Ici, aucun micro-organisme ne transforme le milieu : le profil que vous créez en cuve est exactement celui que le client retrouvera en bouteille.
Sodas artisanaux et limonades : l'art du profilage aromatique
Créer un soda artisanal ne consiste pas à mélanger un sirop industriel avec de l’eau gazeuse. Pour séduire un public adulte, il faut sourcer des matières premières brutes et maîtriser les techniques d’extraction.
La base : Le sirop de sucre simple ou inversé. Le choix du sucre (sucre de canne, sucre de betterave, miel, agave) va impacter la texture et la couleur de la boisson. Le sucre est souvent travaillé en sirop concentré dans lequel on va intégrer les éléments aromatiques.
Les techniques d’extraction des saveurs :
Idéale pour les écorces (agrumes), les racines (gingembre, gentiane) et les épices (cannelle, cardamome). La chaleur permet de casser les structures cellulaires pour libérer les huiles essentielles et les résines.
Parfaite pour les herbes fraîches fragiles (menthe, basilic) ou les fruits délicats (framboise), évitant de développer des goûts de « cuit » ou une amertume indésirable.
Permet une régularité parfaite d’un lot à l’autre, à condition d’utiliser des émulsifiants naturels pour disperser les huiles hydrophobes dans l’eau.
Infusions, extraits botaniques et boissons fonctionnelles
Dans la lignée des Cold Brews (cafés ou thés infusés à froid), le marché raffole des boissons botaniques complexes inspirées de la phytothérapie ou de la haute mixologie.
Ils reposent sur l’utilisation de l’écorce de quinquina (qui apporte la quinine et son amertume légendaire). La maîtrise de l’amertume est fine : elle doit être balancée par un apport d’agrumes (lime, bergamote) et une juste dose de sucre pour ne pas saturer le palais.
Ce sont des boissons non fermentées enrichies en plantes adaptogènes (CBD, ginseng, ashwagandha) ou en super-aliments. Le défi réside dans le masquage des notes très terreuses ou herbeuses de ces actifs sans pour autant saturer la boisson en sucre.
L'équilibre des saveurs : gérer la balance sucre, acidité et amertume
En l’absence d’alcool pour apporter du corps et de la chaleur en bouche, une boisson sans alcool peut vite paraître « plate » ou « flotteuse ». Pour structurer votre liquide, vous devez travailler sur une sainte trinité organoleptique :
Il apporte la rondeur et sert de fixateur d’arômes. En artisanat, on cherche à réduire le taux de sucre par rapport aux standards industriels (viser entre 40g et 60g de sucre par litre, contre plus de 100g pour un cola classique).
Elle réveille les papilles et étanche la soif. On l’ajuste en laboratoire de manière millimétrée à l’aide d’acides organiques : l’acide citrique (très franc, typé agrumes), l’acide malique (plus doux, typé pomme/rhubarbe) ou l’acide lactique (qui apporte une rondeur lactée).
C’est l’ingrédient secret pour mimer l’expérience d’une boisson alcoolisée. Une pointe d’amertume (quinquina, gentiane, houblon) ou de piquant (gingembre, piment) va contracter légèrement les muscles de la gorge et stimuler la salivation, offrant cette persistance en bouche si recherchée.
Les impératifs techniques, hygiène et conditionnement
C’est ici que se joue la viabilité commerciale de votre projet. Entre faire un excellent soda ou kombucha de 5 litres dans sa cuisine et produire des lots de 500 ou 1 000 litres stables et commercialisables, il y a un fossé technologique. En tant qu’artisan, votre laboratoire doit être pensé pour maîtriser trois facteurs critiques : le gaz, la conservation et la sécurité microbiologique.
La carbonatation naturelle (par Refermentation) : Réservée aux boissons fermentées (képir, kombucha, ginger beer). On ajoute une quantité précise de sucre résiduel ou de jus de fruits au moment de l’embouteillage, et les levures encore vivantes créent du $CO_2$ directement dans le flacon clos.
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Avantage
Équipement initial très économique (cuves simples)
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Inconvénient
Crée un dépôt de levures au fond de la bouteille, rend le produit final instable dans le temps (le goût continue d'évoluer) et augmente le risque de dépasser les 0,5% d'alcool.
La carbonatation forcée (Technique Isobare) :
C’est la méthode reine pour les sodas artisanaux et de plus en plus de kombuchas professionnels. Le liquide est refroidi au plus proche de 0°C dans une cuve isobar (une cuve étanche capable de résister à la pression). On y injecte du $CO_2$ pur via une pierre de carbonatation (un embout poreux qui diffuse le gaz en micro-bulles).
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Avantage
Maîtrise absolue et millimétrée du taux de saturation, régularité parfaite d’un lot à l’autre, aucun dépôt de levures dans la bouteille, et possibilité de conditionner des boissons non fermentées.
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Inconvénient
Demande un investissement matériel plus lourd (cuve double paroi chemisée, groupe froid, embouteilleuse contre-pression).
La carbonatation : méthode forcée en cuve isobar vs gazéification naturelle
La qualité de la bulle détermine en grande partie l’expérience de dégustation. Une bulle trop grosse et agressive donne une sensation de produit bas de gamme ; une bulle fine et persistante valorise les arômes. Vous avez deux options pour rendre votre boisson pétillante :
La stabilisation et la conservation : pasteurisation, filtration stérile et additifs
Une fois la boisson conditionnée (en bouteille ou en canette), comment s’assurer qu’elle ne va pas tourner, s’acidifier à l’extrême ou, pire, exploser sur les étagères des magasins à cause d’une reprise de fermentation ?
C’est la solution la plus sûre pour la grande distribution. Elle s’exprime en UP (Unités de Pasteurisation), où 1 UP correspond au maintien du liquide à 60°C pendant une minute. Pour un soda, l’objectif est de détruire les levures et moisissures. Pour un kombucha, cela permet de stopper net l’action du SCOBY pour figer le profil gustatif.
On fait passer la boisson à travers des filtres à plaques ou des cartouches à membrane d’une porosité de 0,2 à 0,45 micron juste avant l’embouteillage. Cela retient physiquement les cellules de levures et la majorité des bactéries sans altérer le goût par la chaleur. Cela exige une hygiène clinique de la ligne d’embouteillage pour éviter une re-contamination à l’air libre.
L’utilisation d’additifs comme le sorbate de potassium ou le benzoate de sodium est courante dans l’industrie pour bloquer les levures, mais elle s’oppose souvent à la philosophie du « naturel » et de l’artisanat. Un bon ajustement du pH combiné à une pasteurisation thermique douce reste la norme de l’artisanat premium.
La sécurité sanitaire (HACCP) en milieu non alcoolisé : le risque pathogène
En brasserie traditionnelle, le pH bas, la présence d’alcool, de houblon (antiseptique naturel) et la saturation en $CO_2$ créent un milieu hostile où aucun pathogène humain ne peut survivre.
En univers sans alcool, ces barrières s’effondrent. Un soda artisanal avec un pH mal maîtrisé et un taux de sucre élevé est un bouillon de culture idéal pour les moisissures, les levures sauvages, mais aussi pour des bactéries dangereuses (comme Alicyclobacillus ou, dans des cas extrêmes en milieu anaérobie non acide, Clostridium botulinum).
Mettre en place un plan HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) est une obligation légale. Vos principaux points de contrôle critiques (CCP) seront :
Il doit presque toujours être maintenu en dessous de 4,0 (idéalement entre 2,8 et 3,8) pour bloquer la multiplication de la majorité des bactéries pathogènes.
L’absence d’alcool exige des cycles de nettoyage drastiques de vos tuyauteries et cuves, alternant bases (soude) pour décrocher les matières organiques et acides pour détruire le tartre et éliminer les micro-organismes.
Quel matériel faut-il pour produire des boissons fermentées artisanales ?
La fabrication professionnelle de boissons fermentées sans alcool nécessite un matériel précis permettant de maîtriser la fermentation, la stabilité microbiologique et la carbonatation.
Même si certaines productions artisanales peuvent débuter avec un équipement minimaliste, la montée en gamme impose rapidement des outils plus techniques.
Les cuves de fermentation en inox sont largement utilisées pour leur facilité de nettoyage et leur stabilité thermique. Elles permettent un meilleur contrôle des fermentations et limitent les risques de contamination.
Pour les boissons gazeuses artisanales, deux approches principales existent :
- la refermentation naturelle en bouteille,
- la carbonatation forcée en cuve isobar.
Les installations isobares permettent un contrôle plus précis de la saturation en CO₂ et garantissent une meilleure régularité produit.
D’autres équipements deviennent rapidement indispensables dans une logique professionnelle :
- système de nettoyage CIP,
- filtration stérile,
- pasteurisateur flash,
- remplisseuse isobar,
- capsuleuse,
- étiqueteuse,
- groupe de froid,
- chambre de stockage réfrigérée.
L’objectif est double :
garantir la sécurité alimentaire tout en conservant la qualité organoleptique des boissons.
Le suivi analytique constitue également une étape essentielle. Plusieurs instruments sont indispensables :
- densimètre,
- réfractomètre,
- pH-mètre,
- thermomètre,
- conductimètre.
Ces outils permettent de surveiller :
- l’évolution des sucres,
- l’acidité,
- la température,
- la stabilité du produit.
La maîtrise de la température reste un enjeu majeur. Un groupe froid ou une chambre tempérée permet de ralentir l’activité des levures et bactéries afin d’éviter les dérives aromatiques ou les refermentations incontrôlées.
Les erreurs fréquentes dans la fabrication des boissons fermentées sans alcool
Les boissons fermentées artisanales sont particulièrement sensibles aux erreurs de process. Une mauvaise maîtrise microbiologique ou thermique peut rapidement dégrader le produit final.
L’une des erreurs les plus fréquentes concerne le contrôle insuffisant des fermentations. Une fermentation trop active peut entraîner :
- une montée excessive du taux d’alcool,
- une acidité déséquilibrée,
- une surpression en bouteille,
- des explosions lors du stockage.
La gestion des sucres résiduels constitue également un point critique. Un produit insuffisamment stabilisé peut refermenter après embouteillage et provoquer une carbonatation incontrôlée.
L’oxydation représente un autre problème courant. Une exposition excessive à l’oxygène peut provoquer :
- une perte aromatique,
- des faux goûts,
- une dégradation de la fraîcheur,
- une diminution de la stabilité produit.
Les contaminations microbiologiques sont également fréquentes dans les ateliers mal maîtrisés :
- levures sauvages,
- moisissures,
- bactéries indésirables,
- contamination croisée.
Un nettoyage insuffisant du matériel peut rapidement compromettre plusieurs lots de production.
Enfin, beaucoup de producteurs sous-estiment l’importance de la stabilité microbiologique et de la conservation. Une mauvaise gestion de la chaîne du froid ou une pasteurisation inadaptée peuvent réduire fortement la DLUO du produit.
Passer de la théorie à la pratique : Se former pour sécuriser son projet
Pourquoi la maîtrise technique ne s'improvise pas (les pièges à éviter)
Le marché des boissons sans alcool artisanales est incroyablement porteur, mais les barrières techniques à l’entrée sont réelles. Les erreurs classiques des autodidactes coûtent cher : bouteilles qui explosent chez les clients à cause d’une refermentation incontrôlée, variations de goût majeures d’un lot à l’autre, ou rappels de produits pour cause de non-conformité sanitaire.
Pour sécuriser votre investissement financier et la réputation de votre future marque, l’acquisition de compétences théoriques et pratiques en laboratoire est indispensable.
Présentation de la Formation Boissons Sans Alcool de Brew Society
C’est précisément pour accompagner les brasseurs, distillateurs et entrepreneurs dans cette transition que Brew Society a développé sa Formation Boissons Sans Alcool au sein de son centre de formation expert à Rouen.
Durant ce cursus intensif de 35 heures (1 semaine), vous passez de la théorie de laboratoire à la pratique réelle en atelier de production :
Apprenez à concevoir vos propres recettes de boissons fermentées (kombucha, kéfir) et non fermentées (sodas, softs), en maîtrisant la balance sucre/acide/amertume.
Manipulez du matériel professionnel, apprenez les process de carbonatation forcée et de conditionnement en système isobar (contre-pression).
Maîtrisez la mise en place d’un plan HACCP spécifique au sans alcool, la gestion du laboratoire, les analyses de densité, de pH, et l’utilisation des outils de stabilisation (filtration, pasteurisation).
Produire des boissons sans alcool artisanales est un art complet, à la croisée de la science des fermentations et de la gastronomie. En maîtrisant les subtilités des profils fermentés ou en développant des softs drinks botaniques innovants, vous vous positionnez sur le secteur le plus dynamique de l’industrie des boissons de cette décennie.
Ne laissez pas les incertitudes techniques freiner vos ambitions. Venez tester vos recettes, appréhender le matériel industriel et valider vos compétences auprès des formateurs experts de Brew Society.
FAQ - Questions Fréquentes sur la production de Softs Drinks
Quelle est la différence légale entre une boisson "sans alcool" et une boisson "à 0,0%" ?
En France, la mention « sans alcool » autorise une tolérance résiduelle allant jusqu’à 0,5 % vol. d’alcool, ce qui correspond au taux naturel que l’on peut trouver dans un fruit très mûr ou du pain frais. La mention « 0,0% » exige une absence totale et absolue de traces d’éthanol, ce qui nécessite des équipements industriels de désalcoolisation lourds (évaporation sous vide, osmose inverse).
Quel matériel de base faut-il pour démarrer une production de soda artisanal ?
Pour de petits volumes professionnels, une cuve de mélange (idéalement avec agitateur), un système de filtration, un groupe froid performant et une cuve isobar de carbonatation connectée à une bouteille de $CO_2$ constituent le cœur de l’installation.
Le Kombucha est-il obligatoirement acide ?
Le kombucha est intrinsèquement une boisson acide à cause de la production d’acides acétique et gluconique par les bactéries. Cependant, en maîtrisant le temps de la fermentation primaire (F1) et en choisissant des thés doux ou des aromatisations rondes (fruits exotiques, vanille), on peut grandement adoucir cette perception d’acidité en bouche.
Puis-je poursuivre après la D1 ?
Oui, la formation D1 est conçue comme une base avant la formation D2 – Produire des spiritueux (70h).